Les humains ont souvent tendance à se dénigrer lorsque la question se pose sur leurs aptitudes physiques. Par exemple, un humain n’a pas la rapidité d’un léopard et ne possède certainement pas la vision nocturne d’un félin. Aussi bien au sens figuré que propre, la manière de traiter une information perçue par un organe sensoriel n’est jamais strictement la même.

Une personne pourra avoir un regard assez pointu et clair sur ce qui s’illustre devant elle, pendant qu’une autre, ayant une vision plus floue, aura besoin de recul et probablement d’une paire de lunettes.

La question de l’acuité visuelle au sein du règne animal a longtemps intéressé les amoureux du monde animal. Que ce soit pour les propriétaires d’animaux domestiques ou pour les vrais spécialistes en écologie, les réponses à cette énigme sont du plus grand intérêt et d’une importance capitale.

Quelques techniques performantes

Une équipe de chercheurs a mené une étude sur plus de 600 espèces animales afin de pouvoir mettre en évidence les différences dans l’acuité visuelle de chaque espèce. Nous pouvons d’ores et déjà vous dire qu’il existe une hétérogénéité dans la perception visuelle animale.

L’un des chercheurs principaux ayant participé à l’étude et écologiste de renommée, Eleanor Caves, a fait part de ce qui suit dans un communiqué de presse : « Les humains ont l’acuité visuelle la plus élevée dans le règne animal. La plus grande différence réside principalement dans les petits détails de la vision. »

E. Caves, N. Brandley, S. Johnsen , 2018, Trends in Ecology and Evolution.

Des études similaires sont menées depuis quelques décennies déjà et les résultats mènent à la même interrogation : déterminer à quel point une espèce donnée voit de façon claire ou floue afin de situer son acuité visuelle. Étant donné qu’il n’est pas possible d’aller simplement demander à un aigle s’il distingue 2 ou 3 doigts devant lui, la question posait quelques problèmes techniques.

Pourtant, cela n’a pas été le cas dans cette étude. De nombreuses méthodes disponibles, comme l’étude de l’anatomie oculaire et les tests de comportement peuvent orienter de tels travaux. Mais les chercheurs se sont penchés sur l’utilisation d’une technique déjà connue et adoptée : la méthode des cycles par degré.

Pour simplifier le principe de la technique, les chercheurs l’expliquent comme ceci : il s’agit de quantifier le nombre de lignes parallèles en noir et blanc qu’un animal peut identifier, cela dans un seul degré de son champ de vision. Les informations sont traitées par un logiciel qui permet de délivrer une simulation de la vision que peut avoir chaque animal.

Des différences majeures et impressionnantes

Les résultats que peuvent avoir les humains en faisant ce test sont de 60 cycles par degré en moyenne, 10 cycles étant signe de cécité. Pour les singes et les chimpanzés, pas de différence notable avec l’homme. Sans grande surprise, vu que ces espèces sont apparentées aux primates, soit les espèces les plus proches phylogénétiquement de l’Homme.

Public Domain, Pxhere

D’une façon intéressante, les résultats des autres espèces ont démontré que l’Homme n’a rien à se reprocher. Très peu d’espèces ont réussi à battre son record.

Comme il est possible de se l’imaginer, certains oiseaux arrivent en top du classement, dépassant du double l’acuité visuelle humaine. Pour ne citer qu’un exemple, l’Aigle d’Australie arrive à voir 140 cycles par degré, propriété fortement utile lors de ses parties de chasse à quelques centaines de mètres en hauteur.

Pour les autres espèces sélectionnées pour l’étude, les données étaient d’autant plus intéressantes. Les poissons arrivent à voir environ 30 cycles par degré, pendant que les éléphants n’en distinguent que 10. La plupart des insectes sont en dessous de ce dernier chiffre.

« La plupart des espèces constituant le règne animal voient le monde avec beaucoup moins de détails que ne le fait l’être humain » d’après Caves.

Il est important de souligner que le but de l’étude n’était pas de hiérarchiser les acuités visuelles du monde animal. En effet, cette sorte de classification est en réalité un outil comme un autre qui permet une compréhension plus claire des interactions biologiques inter-espèces.

Public Domain, Pixnio

Un exemple dans ce sens a été mentionné par les auteurs. Les papillons entre eux n’arrivent probablement pas à se distinguer à cause de la difficulté qu’ils rencontrent vis-à-vis de l’incroyable panel de motifs et de couleurs qui distingue chaque individu.

L’important à tirer de ce travail est la chose suivante selon Caves : « Les chercheurs qui s’intéressent aux interactions animales ne doivent pas supposer que les différentes espèces perçoivent le monde comme nous le faisons. »

Il est tout de même primordial de noter que les données de cette étude ne sont que préliminaires et qu’elles constituent une base sur laquelle les scientifiques pourront construire les données des études à venir. Le fait qu’une araignée ou qu’un poisson aient une acuité visuelle ne signifie pas nécessairement que leur vue est aussi mauvaise. Il faut effectivement prendre en compte les traitements et processus postérieurs effectués par le cerveau de chaque espèce. Les données soumises au logiciel ne traitant que la perception oculaire.

L’article publié dans Trends in Ecology and Evolution renforce la fascination que les scientifiques et amoureux des animaux peuvent avoir concernant la vue de ces derniers.

 


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