Il est vrai que les routes noires et soyeuses sur lesquelles nous circulons dehors donnent un côté fort esthétique à la ville. Mais cela a-t-il un impact sur notre environnement à long terme ? 

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Des études récentes suggèrent que l’exposition de l’asphalte à la pluie et au soleil pourrait générer des composés nocifs, aussi bien pour la nature que pour les personnes passant au-dessus.

Afin de fixer le mélange de pierres, de gravier et de sable sur les routes pavées, les cantonniers utilisent une substance noire liante appelée « ciment bitumineux », fabriquée à partir des résidus de pétrole brut à la fin de sa distillation. Des analyses antérieures ont remis en question la stabilité des matériaux issus du pétrole, montrant la nature toxique et cancérigène des hydrocarbures polycycliques qui s’y échappent. Toutefois son impact sur notre santé n’a pas été suffisamment « alarmant » jusqu’à récemment.

Dans le cadre d’une étude du devenir de ces substances, le chimiste Ryan Rodgers du MagLab de la State Florida University et son équipe, ont étalé une couche de liant bitumineux sur un côté en verre, qu’ils ont ensuite immergé dans de l’eau, puis exposé à un simulateur solaire pendant quelques jours. Un deuxième échantillon identique a été conservé dans l’obscurité en guise de témoin.

Senior Airman Cody Dowell/ALTUS AIR FORCE BASE

À la fin du temps d’exposition, les chercheurs ont analysé l’eau entourant le liant bitumineux pour les deux échantillons. La technique utilisée est la spectrométrie de masse à résonance cyclotronique ionique (FT — ICR — MS), dont l’instrumentation possède un haut pouvoir de résolution et une exactitude sur la masse, très importants pour l’étude des protéines.

En fait, l’interaction entre l’énergie solaire et l’oxygène de l’eau libère des hydrocarbures potentiellement dangereux selon le processus de la photo-oxydation, que l’on observe également dans les nappes de pétrole. Bien que l’irradiation soit artificielle dans les conditions de l’expérience, les scientifiques ont tout de même constaté la présence de ces mêmes substances.

Senior Airman Cody Dowell/ALTUS AIR FORCE BASE

Les résultats montrent que la quantité d’hydrocarbures débarrassés par l’échantillon principal est 25 fois supérieure à celle du témoin et plus riche en atomes d’oxygène, ce qui souligne l’importance des rayons solaires dans la synthèse du composé sa solubilité. Au final, le liant bitumineux irradié contenait plus de 15 000 molécules carbonées.

Cela ne constitue pas forcément la preuve ultime que le liquide issu de l’exposition de l’asphalte au soleil et à la pluie est toxique. Toutefois, il y a lieu de se préoccuper étant donné la nature cancérigène et nocive des hydrocarbures aromatisés polycycliques.

Afin d’établir des conclusions définitives, les chercheurs sont appelés à approfondir leurs analyses des réactions chimiques, ainsi que la façon dont le liant asphaltique libère les substances dangereuses solubles dans l’eau. Sidney Niles, chimiste du FSU, déclare que les informations fournies sont précieuses pour l’exploration d’alternatives de liants, ou de produits pour paver les routes.


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