Les médecins font des découvertes insolites très fréquemment, certaines trouvent leur origine, d’autres sont un total mystère. En Inde, le cas d’une fillette de 11 ans déroute les spécialistes avec un phénomène rare et étrange connu sous le nom d’hémolacrie.

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Pendant plusieurs jours, l’enfant a eu des épisodes répétés de larmes sanglantes, pendant plusieurs minutes. La situation se reproduisait 2 à 3 fois, sans douleur ni de fortes émotions.

Plusieurs analyses ont été effectuées à la clinique, les glandes lacrymales de la petite fille étaient intactes, ses tests sanguins aussi. Aucun traumatisme ou antécédent de maladie qui pourrait expliquer ces écoulements n’a été identifié. Le phénomène se répétait sans autres manifestations inhabituelles.

Une fuite de sang par les coins des yeux a été décrite dans le passé par un le médecin grec Aétios d’Amida, dans son interprétation de certaines affections infantiles. Cela peut être également dû aux menstruations chez les adolescentes, comme l’ont suggéré des rédacteurs médicaux Antonio Brassavola et Rembert Dodoens.

Das et al./BMJ Case Reports, 2020

Les cas de larmes sanglantes, bien que rares, ont été signalés plusieurs fois à travers le monde. Twinkle Dwivedi, une jeune fille indienne de 14 ans a fait l’objet d’un reportage sur National Geographic il y a 10 ans. Une demoiselle de 16 ans au Bangladesh a connu la même situation en 2019.

Les cas d’hémolacrie peuvent être liés à un dérèglement hormonal. En 1991, une étude a analysé les larmes de 125 volontaires de sexe féminin, et a permis de déceler des traces de sang chez 20 % d’entre elles, généralement pendant leur cycle menstruel.

Toutefois, cela n’est pas propre à un seul sexe, le cas d’un homme italien a été identifié dans un service d’urgence, avec une hémorragie au niveau des yeux. Les médecins pourraient expliquer l’écoulement par un surplus de sang dans la membrane du globe oculaire, dite « hyperhémie conjonctivale ».

Das et al., BMJ Case Reports, 2020

L’hémophilie de la coagulation sanguine ou le trouble des vaisseaux sanguins, le syndrome d’Osler-Weber-Rendu, sont d’autres étiologies possibles à l’hémocralie. L’origine médicamenteuse n’est pas à exclure, certaines prises peuvent provoquer des fuites de sang dans les glandes lacrymales.

En revenant au cas de la fillette de 11 ans, plusieurs scans ont montré des lésions de la paupière supérieure, laissant soupçonner l’existence d’un kyste. Cependant, au moment de retourner la paupière pour l’examiner, les médecins ont découvert une « lentille de contact » coincée là.

Après l’interrogatoire de la maman, le bout de verre avait en fait disparu deux ans auparavant, et était destiné à corriger une myopie. Après son retrait, l’enfant ne souffrait plus d’hémolacrie.

Les spécialistes ont conclu que les plus jeunes sont les patients les plus difficiles à ausculter du fait qu’ils ne peuvent pas établir une anamnèse ni une description ciblée de leur affliction. Les examens médicaux peuvent être tout aussi déroutants lorsqu’ils ne sont pas interprétés convenablement.


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