Witzelsucht : le syndrome qui pousse les gens à faire constamment des blagues vaseuses


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Premasagar Rose, Flickr

Les pathologies liées au cerveau sont rarement drôles : de la perte de la parole à la paralysie, les conséquences d’une lésion cérébrale suite à un accident sont très souvent dramatiques et irréversibles, laissant le patient dans un état végétatif et incapable de vivre normalement.

Mais parfois, il peut arriver que d’autres troubles, moins connus par la communauté scientifique, car beaucoup plus rares, fassent leur apparition, comme ce mystérieux syndrome qui amène les gens à faire des jeux de mots et des blagues à longueur de journée…

Une maladie un peu particulière

Décrite pour la première fois en 1929 par le neurologue allemand Otfrid Foerster, cette maladie, plus communément appelée « Le Syndrome de Witzelsucht » (du verbe allemand « witzelh » qui signifie « plaisanter » et « sucht » qui exprime le désir irrépressible) s’est déclaré chez son patient dès lors qu’il l’a opéré d’une tumeur au cerveau.

Ce syndrome apparait généralement à la suite d’un accident vasculaire cérébral qui a lieu dans le lobe frontal droit du cerveau : le lobe frontal est la région où se situent nos comportements sociaux, nos goûts et par conséquent notre personnalité.

Tandis que les lésions dans le lobe frontal gauche rendent les personnes colériques, nerveuses et déprimées, celles qui se déclarent dans le lobe frontal droit entrainent davantage une euphorie, une hypersexualisation, de la bonne humeur et… un goût prononcé pour l’humour.

Ainsi, les personnes qui souffrent de Witzelsucht ne peuvent s’empêcher de faire des jeux de mots et des blagues en permanence, de manière frénétique, ce qui, en termes de socialisation, n’est pas forcément à leur avantage : en effet, dans de nombreux cas, ces blagues sont souvent à caractère sexuel et ceux qui en souffrent sont sujets à une désinhibition totale, ne comprenant donc pas vraiment où est le problème à rire de tout, tout le temps.

Mais le plus étonnant, c’est que contrairement à ce que l’on pourrait penser, les sujets atteints de la maladie de Witzelsucht ne peuvent rire qu’à leur propre humour, ces derniers étant strictement incapables de rire des blagues racontées par une tierce personne.

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Imagerie par résonance magnétique d’une séquence en inversion-récupération. Elias D. Granadillo and Mario F. Mendez, Discover

Des recherches toujours en cours

Si cela peut paraitre amusant de prime abord, et bien que les patients eux-mêmes ne ressentent pas forcément une souffrance particulière directement liée à la maladie de Witzelsucht, les proches des malades en pâtissent incontestablement : ce fut par exemple le cas de la femme d’un certain Derek, un homme de 69 ans atteint de ce syndrome, qui se voyait réveillée toutes les nuits pendant près de 5 ans à cause des jeux de mots de son mari.

À bout de nerfs, l’épouse de Derek lui aurait demandé de les écrire sur papier plutôt que de la sortir de son sommeil : en quelques jours à peine, il a noté pas moins de 50 pages de jeux de mots et autres calembours en tous genres.

À ce propos, son neurologue, le Professeur Mario Mendez se souvient : « Il a constamment fait des blagues pendant l’interview, au point d’être difficile à interrompre ».

Malheureusement, il n’existe aujourd’hui pas vraiment de traitement capable de venir à bout de cette maladie dite de « la blague pathologique » : certains psychologues tentent, parfois en vain, une psychothérapie comportementale, ou encore de prescrire des stabilisateurs d’humeur.