Le monde végétal n’a de cesse de nous surprendre. Et les notions de base qu’on nous enseignait en sciences naturelles ont pris comme un petit coup de vieux.

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À l’heure où l’on questionne le système racinaire des arbres pour savoir comment ils communiquent et où l’on atteste du goût des vaches pour la musique de Mozart, pourquoi les fleurs ne seraient-elles là que pour faire joli et appâter les petites — et grandes bêtes ?

Les plantes et les cinq sens

Les plantes sont loin d’être aussi passives qu’on aurait tendance à le penser et interagissent avec leur environnement immédiat de différentes manières.

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De récentes études ont montré comment certaines de leurs protéines réagissent à la lumière pour les faire fleurir (la vue), comment le moindre contact déclenche une réponse de défense génétique instantanée (le toucher), ou encore, comment elles se conduisent en présence de certains produits chimiques qui s’évaporent dans l’air (l’odorat).

« Ce sont des entités vivantes, elles aussi ont besoin de survivre dans le monde. Il est important pour elles d’être capable de percevoir et de ressentir leur environnement, en particulier parce qu’elles ne peuvent aller nulle part. », voilà ce que confie Lilach Hadany, membre de l’équipe de recherche de l’Université de Tel-Aviv en Israël.

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C’est à la recherche du sens de l’ouïe que l’équipe de Lilach Hadany a alors entrepris d’étudier l’onagre (Oenothera drummondii, appelée communément « primevère du soir ») qui pousse à l’état sauvage sur les plages et dans les parcs autour de Tel-Aviv ; le candidat idéal au vu de sa longue période de floraison et des quantités mesurables de nectar qu’elle produit.

Sur la base des observations faites sur cette dernière, les chercheurs ont trouvé des preuves que les plantes pouvaient bel et bien « entendre » le bourdonnement des abeilles qui passaient et ainsi produire un nectar plus sucré pour attirer les insectes volants.

En effet, l’étude démontre que quelques minutes après avoir détecté les ondes sonores des ailes d’abeilles à travers les pétales de fleurs, la concentration du sucre dans le nectar de la plante avait augmenté entre 12 et 17 % à 20 %. Les fleurs semblaient même capables d’ignorer les bruits de fond susceptibles de les déranger, comme celui du vent.

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USFWS Mountain-Prairie/Flickr

Les oreilles des plantes

Au fur et à mesure que l’équipe réfléchissait au fonctionnement du son — la transmission et l’interprétation des vibrations — le rôle majeur des fleurs s’est imposé. Bien que leur forme et leur taille varient considérablement, bon nombre d’entre elles sont concaves ou en forme de coupe ; soit le profil rêvé pour recevoir et amplifier les ondes sonores — qui n’est pas sans nous rappeler les antennes paraboliques. Les fleurs seraient alors, selon toute vraisemblance, les « oreilles » des plantes.

L’hypothèse émise est que certaines parties de la fleur, ou sa totalité, vibrent en réponse aux sons produits par les ailes des insectes.

Dans le cadre de plusieurs expériences portant sur plus de 650 fleurs d’œnothères, la production de nectar a été mesurée en réponse au silence, au bourdonnement émis par les abeilles et à trois niveaux de fréquence différents générés par ordinateur (basse, moyenne et haute).

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Le silence et les sons de hautes et moyennes fréquences n’ont eu aucun effet, tandis que l’enregistrement sur le terrain des abeilles bourdonnantes et les sons à basse fréquence — qui correspondaient étroitement à l’enregistrement — provoquaient la vibration des pétales pour modifier le mélange du nectar en seulement 3 minutes.

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GLady/Pixabay

Les plantes dont les fleurs étaient sous verre isolant ou avec des pétales en moins n’ont, quant à elles, manifesté aucun changement dans la production de nectar, ce qui indique que ce sont bel et bien les fleurs qui endossent le rôle des oreilles dans la plante.

L’expulsion du nectar plus sucré permet aux abeilles de se nourrir plus longtemps, ce qui augmente non seulement les chances qu’elles accumulent du pollen, mais aussi la probabilité que les insectes reviennent aux fleurs de la même espèce. Toutefois, « ce coup de pouce sucré » doit être parfaitement chronométré pour que cela en vaille la peine pour les plantes et c’est exactement ce qui semble se produire.

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Pour les chercheurs, cette capacité à réagir au bruit des insectes pollinisateurs a de nombreux effets : la production de nectar nécessitant beaucoup d’énergie, les plantes sont ainsi capables d’investir leurs ressources avec précision et de se concentrer sur les périodes d’activité des butineurs pour un rendement plus conséquent. Selon leur théorie, un traitement plus sucré pour les pollinisateurs pourrait attirer plus d’insectes, ce qui augmenterait potentiellement les chances de réussite de la pollinisation croisée et ainsi maximiser la reproduction de l’espèce.

Une histoire d’évolution

Mais cette découverte pourrait avoir des implications encore plus vastes, notamment sur l’évolution des plantes et des insectes.

En tant que théoricienne de l’évolution, Hadany s’interroge justement sur l’impact évolutif que cette capacité pourrait avoir. Elle explique que sa question a été motivée par la prise de conscience que les sons soient une ressource naturelle omniprésente — une ressource que les plantes gaspilleraient si elles ne s’en servaient pas comme les animaux : « Les plantes ont de nombreuses interactions avec les animaux, et ces derniers font et entendent des bruits. Il serait étrange que les plantes n’utilisent pas le son pour communiquer ».

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Public Domain/Karen Arnold

Effectivement, on pourrait croire que le développement de la forme des fleurs soit influencé par des facteurs liés à la capacité « auditive » des plantes et pas seulement de par sa fonction d’attraction des insectes. Il est de même possible que divers insectes se soient développés de manière à émettre des sons que les fleurs soient capables d’intercepter.

Marine Veits, un autre membre de l’équipe livre à National Geographic : « Certaines personnes peuvent penser, mais comment [les plantes] peuvent-elles entendre ou sentir ? » Et ajoute : « J’aimerais que les gens comprennent que l’audition n’est pas seulement pour les oreilles. ».

Bien que beaucoup de questions restent encore en suspens, cette étude ouvre à elle seule un champ de recherche scientifique presque entièrement nouveau que Hadany s’amuse à appeler « la phytoacoustique ». Les chercheurs veulent d’ores et déjà examiner comment les plantes se comportent face à d’autres sons et animaux, dont les humains.

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Mais une chose est néanmoins sûre, vous n’êtes pas seuls à prêter une « oreille » attentive aux oiseaux qui gazouillent et aux murmures d’insectes.


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