Tantôt calmes et paisibles, tantôt déchainées, les eaux de nos océans sont aussi belles qu’imprévisibles, nous réservant parfois des surprises auxquelles on ne s’attendait pas forcément.

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C’est en tout cas ce que peut nous affirmer José Salvador Alvarenga, un homme courageux aujourd’hui âgé de 44 ans au destin un peu particulier.

Résidant au Mexique, il était bien loin de s’imaginer qu’il allait devoir passer plus d’un an en mer, avec pour seule compagnie les profondeurs du Pacifique qui le guettent et le ciel à perte de vue.

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Digne d’un scénario tout droit sorti d’un film hollywoodien, retour sur l’histoire hors du commun d’un miraculé qui n’a jamais baissé les bras, malgré le sort qui semblait s’acharner contre lui…

Une suite d’évènements malencontreux

Marin-pêcheur depuis plus de 20 ans, c’est donc en tant que grand habitué de la mer que José Salvador Alvarenga est parti à la recherche de crevettes et de requins le 17 novembre 2012.

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Accompagné d’un apprenti pêcheur répondant au nom d’Ezequiel Córdoba, les deux coéquipiers ont ainsi pris le large et décidé de rejoindre la côte après avoir pris dans leurs filets plusieurs gros poissons.

Mais c’était sans compter la tempête violente qui s’est subitement abattue sur l’Océan Pacifique, rendant toute tentative de retour absolument impossible.

Perdus en pleine mer alors que l’eau ne cessait d’inonder le petit bateau de M. Alvarenga, la seule solution qui s’offrait à eux était de rassembler leurs dernières forces pour vider le navire avant qu’il ne bascule et ne coule.

Au petit matin, alors que la tempête se faisait enfin moins violente, José Salvador profita de ce moment de répit pour utiliser sa radio et appeler les secours : « OK, nous venons vous chercher » fut le dernier contact que les deux marins ont pu avoir avec la terre ferme.

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Comprenant que la météo empêcherait très probablement les sauveteurs de les retrouver, ils se sont ainsi résignés à tout jeter par-dessus bord, du moteur cassé aux 500 kg de poisson frais capturé la veille, priant pour que les vagues soient de leur côté.

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La glacière qui a protégé Alvarenga et Córdoba de la tempête.
Photo de Matt Riding

Trempés jusqu’aux os, ils n’ont gardé qu’une petite glacière pour se couvrir de la pluie torrentielle et ne se nourrissaient que de tortues, de méduses et de poissons crus.

Pour ce qui est d’étancher leur soif, ils se contentaient de leur propre urine et de la pluie, l’eau de mer étant bien trop salée.

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Happé par la solitude, la peur et la dépression, le jeune Ezequiel Córdoba s’est éteint un matin, fatigué, anorexique et à bout de forces, plongeant son compagnon Alvarenga dans une tristesse inconsolable…

Un dénouement cependant heureux

« Je ne connaissais ni l’heure, ni le jour, ni la date. Je ne savais qu’une chose : qu’il faisait jour ou qu’il faisait nuit » se souvient-il.

Pour ne pas sombrer dans la dépression à son tour, le rescapé définitivement seul et livré à lui-même s’est mis à s’imaginer son retour.

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C’est ainsi que sans le savoir, il a survécu 438 jours et autant de nuits à l’isolement, l’exil, la faim, la soif, le froid et la chaleur de plomb avant d’apercevoir, au loin, ce qui ressemble à un petit groupe d’oiseaux volant au-dessus d’un bout de terre.

Pensant d’abord qu’il s’agissait d’une hallucination, Alvarenga s’est vite rendu compte que non, il ne rêvait pas et qu’il était bel et bien à proximité directe de la terre.

Bien qu’il n’était pas encore au courant à ce moment-là, il était en fait arrivé sur l’île Tile, un des 1 156 îlots qui composent l’atoll Ebon des îles Marshall à presque 11 000 km de son point de départ, au Mexique.

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Plein d’espoir, il rama avec hâte jusqu’à la côte de l’atoll, abandonnant son maudit bateau 10 mètres avant d’arriver, terminant le chemin à la nage, d’une seule traite.

« J’ai tenu une poignée de sable comme si c’était un trésor », se rappelle-t-il.

Ce n’est qu’une fois les pieds au sol qu’il se rendit compte qu’il était « totalement détruit et maigre comme une planche ».

Mais par chance, l’île n’était pas si déserte qu’il le pensait, si bien qu’un couple, Emi et Russel Laikidrik, l’a aperçu trébuchant au milieu de la forêt, juste en face de leur maison.

« En regardant, j’ai vu cet homme blanc là-bas. Il criait. Il avait l’air faible et affamé. Ma première pensée a été que cette personne avait nagé jusqu’ici, il devait être tombé d’un navire » déclare Emi.

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Prise de contact radio depuis l’îlot Ebon.
Photo d’Ola Fjeldstad

Bien qu’ils ne parlaient pas du tout le même langage, le courant est tout de suite passé entre eux.

« Même si nous ne nous sommes pas compris, j’ai commencé à parler et à parler encore. Plus je parlais, et plus nous éclations de rire. Je ne sais pas pourquoi ils rigolaient, mais moi je riais parce que j’étais sauvé ! » affirme Alvarenga.

Et effectivement, ce jour-là, le 30 janvier 2014, il a été transporté en urgence à l’hôpital le plus proche, avant de retrouver les siens après 15 longs mois d’absence, sain et sauf.


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