Un fait divers des plus insolites a récemment retenu l’attention des médias internationaux à la suite de l’article du New York Times faisant allusion à « une anomalie démographique étrange ».

Cette information concerne le minuscule village polonais de Miejsce Odrzanskie où l’on peut compter au moins une dizaine d’années depuis que le dernier garçon est né.

Cette situation que l’on peut qualifier de « critique » est telle qu’une récompense en argent serait proposée par le maire de la région au prochain couple qui donnerait naissance à un fils !

Selon ce que le maire a rapporté au journal américain, il y aurait tout « un intérêt scientifique » de la part des généticiens à explorer ce qui a pu produire ce séquençage inhabituel.

Il aurait également confié les nombreuses tentatives – scientifiques et non-scientifique – des villageois en vue de la conception d’un garçon, allant des changements de régime des mamans jusqu’à « garder une hache sous le lit conjugal ». Tout cela sans succès d’ailleurs…

La suggestion la plus prosaïque mentionnée dans l’article serait aussi la plus probable. Ainsi, il s’agirait tout simplement d’une coïncidence statistique.

Mais nous savons que la probabilité qu’un bébé soit une fille ou un garçon est de ½. Alors comment cela pourrait-il être possible ?

Si nous changeons la question en : « Quelle est la probabilité que les 12 derniers enfants nés dans une ville du monde soient tous du même sexe ? », une histoire complètement différente s’ouvre à nous.

GeoNames – une base de données en ligne contenant des informations détaillées sur toutes les villes du monde comptant plus de 500 habitants – suggère qu’il en existe un peu moins de 200 000 sur la planète.

Et bien que ces naissances exclusivement féminines semblent être un événement relatif aux habitants de Miejsce Odrzanskie, il existerait en fait une centaine d’autres endroits dans le monde où quelque chose de similaire se produit actuellement.

Ce qui a cependant suscité autant d’attention sur cette affaire, c’est le fait qu’il s’agisse d’un très petit village – de seulement 272 habitants – avec un taux de natalité ne dépassant guère une personne par an et une série de 12 filles qui s’étend sur presque une décennie.

À titre de comparaison, 6 852 bébés sont nés à Glasgow en 2017, ce qui correspond à environ 19 par jour.

Si nous avions 12 filles nées l’une à la suite de l’autre, il est peu probable que quiconque s’en aperçoive, car plusieurs garçons seraient nés le même jour ainsi que la veille et le lendemain.

C’est tout ce que l’éminent mathématicien (et magicien) Persi Diaconis appelle « le paradoxe du brin d’herbe ».

Si l’on suppose que nous nous promenions dans un champ et que nous arrachons un brin d’herbe. Il existe des millions de moyens de procéder et nous en aurons choisi qu’un parmi les plusieurs autres possibilités. Car même si tous les résultats imaginables sont extrêmement improbables, l’un d’eux doit arriver.

C’est très difficile d’identifier et de comprendre le hasard, principalement parce que notre cerveau travaille sur la notion de reconnaissance de formes. Ce concept est souvent connu sous le nom de « clustering illusion », ou erreur de « la main chaude ».

Donner un sens à ces types de paradoxes probabilistes est essentiellement la raison pour laquelle les statisticiens existent. Ces derniers, plutôt que de répondre à la question : « Quelles sont les chances que cela se produise ? », examineront le problème inverse : « Cela s’est produit, quelles sont les chances que ce soit simplement dû au hasard ? »

En pensant au monde de cette manière, nous réalisons que beaucoup de choses qui semblent pourtant improbables – telles que la naissance de 12 filles d’affilée dans un village en comptant une dizaine d’année sans qu’aucun garçon n’y soit né –, sont en fait tout à fait normales et même plus que probables.


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